Pourquoi les maris ne supportent pas de voir leur femme malade ?

Combien de fois avons-nous entendu une amie (ou nous-mêmes, hé hé !) déclarer toute dépitée :

– Tu te rends compte, copine, que je ne peux même pas être malade ! Comme si être étalée dans son lit à moitié mourante était the luxe suprême ! Pff… parce ce que si par malheur Môssieur attrape un rhume des foins, c’est la fin de la saison de la bonne humeur ! On peut même lui coller sur son dos une pancarte avec écrit : ATTENTION MARI MÉCHANT. IL EST BALADE. SAUVE QUI PEUT !

Tandis que nous, les femmes, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre un Day Off à « jouer » les chochottes-douillettes, sinon c’est la fin du monde ! C’est limite marche ou crève ! Mais crève pas, steuplait, parce que j’ai besoin de toi pour que tu t’occupes de nos gosses pour que J’AILLE bosser tranquillement. (Nul besoin de préciser que depuis 1950 les femmes aussi ont obtenu ce même droit ! Avec un patron, des horaires, et tout ça ! Je n’ai pas non plus besoin de parler des mères aux foyers, car dans leur cas, c’est carrément impensable d’éternuer ou d’avoir de la fièvre : « puisque tu ne travailles pas et que tu passes ton temps à ne rien faire » !)

Surtout quand la traduction « de ne rien faire » veut dire s’occuper de la maison, nourrir la famille ou encore assurer la garde des enfants ! Tiens, en parlant des enfants… est-ce vraiment eux le problème, malgré votre état de santé qui vacille ?

Je n’inclus pas les petits en bas âge, of course, mais plutôt ceux qui commencent à être un minimum autonomes (6/8/10+ ans) parce que j’ai un scoop : un enfant est parfaitement capable de comprendre quand sa maman ne va pas bien. Limite il a de la peine, et instinctivement, il vous sollicitera un peu moins que d’habitude :

–MAMAN ! MAMAN ! MAMAAAAAAAAAAAAAAAAN !

À ces cris, je vous vois d’ici vous mettre dans la peau d’une Marie-José Perec fatiguée et vieillie, à courir et arriver hors d’haleine pour voir ce qu’il se passe :

– Quoi ? Qu’est qu’il y a ? Qu’est qu’il se passe ? Pourquoi tu hurles comme ça ?

– Tu peux me donner mon verre de jus d’orange ?

– C’est pour ça que tu m’appelles ? Vu comment t’as crié, j’ai cru qu’il était arrivé un truc grave ! Mais chouchou, ton verre de jus est à deux millimètres de toi, posé sur la table.

– Je sais, mais j’aime bien quand c’est toi qui me le donnes.

– BIEN SÛR ! VOYONS !

Qui a dit que l’esclavage était aboli…

D. merci, j’ai quand même eu la chance de voir que dans certaines familles, lorsque la maman est malade, du fin fond de son lit, elle continue de gérer ce qu’elle peut, et continue de tout faire rouler comme sur des rollers. Mais alors … pourquoi quand un virus s’invite chez les Davis, tout vire au drame ? Élémentaire, ma chère Junes. S’il y a bien une personne qui perd complètement pied quand sa moitié ne va pas bien, c’est bien Micka ! Pire, il ne le supporte carrément pas. Ce qui est assez absurde, n’est-ce pas ? On pourrait penser qu’un adulte aurait plus de recul, et se dire qu’après tout, ce n’est que l’histoire de quelques jours ! Eh bien, NON ! Me voir avec une bouillotte sur la tête, croquer des bonbons Vicks pour soigner ma toux, énerve mon homme ! Il va même jusqu’à me reprocher d’avoir arrêté de me battre pour nous deux, et de me laisser complètement aller :

– Non, mais j’hallucine ! Sérieusement, Micka ? C’est ce que tu penses ? Que j’ai arrêté de me battre ? Je n’ai pas le droit de m’allonger sous une pile de couettes, entourée de mes nouveaux compagnons de nez, les mouchoirs, plus l’iPad qui m’aide à oublier la douleur lancinante que me procure ma gorge chaque fois que j’avale ma propre salive ! Je suis certaine qu’à cause de mes quintes de toux, je vais bientôt devoir vivre sans poumons ! Et toi, tu n’as rien trouvé de mieux que de me prendre la tête !

– Tu vois ! Depuis que t’es malade, on ne peut plus rien te dire. T’es limite agressive ! En plus, j’en ai marre que tu te mouches !

– (???)

– Si tu ne dis rien, c’est que tu es d’accord avec moi ! Et puis, je trouve que tu n’as plus de patience.

– De quoi tu parles ? Quelle patience ?

– Je t’ai appelé pour te raconter un truc du boulot (palpitant !), et tu t’es mise à tousser en plein milieu d’une phrase. Tu m’as coupé en disant que tu me rappellerais, sauf que tu ne l’as jamais fait, et ne me dis pas que tu savais que j’étais en chemin pour la maison. Junes, pourquoi tu fermes les yeux, comme ça ?

Seigneur ! Je vous en prie, faites que j’arrive à me retenir de ne pas dévisser ma bouillote pour l’ébouillanter avec l’eau qu’il y a dedans !

– Avoue que depuis hier, tu t’es mise à relever le moindre de mes tocs. D’habitude, tu t’en fiches, mais là, un rien t’énerve, mais qu’est qui t’arrive ?

Et là, mes amis, d’après mon expérience, et uniquement dans le but de nous épargner une fatigue inutile : le mieux, c’est de ne pas répondre ! Malheur à vous si vous rentrez dans le jeu de la remise en question, car l’homme va se mettre à crier, hurler, à vous reprocher des tas de choses qui n’ont rien à voir avec le thème du jour.

– Non, c’est toi qui es de mauvais poil ! J’ai l’impression que tu ne me supportes plus !

–C’est toi, qui ne supportes pas de me voir allongée !

– Non, c’est toi qui a commencé quand tu m’as demandé de passer à la pharmacie chercher tes antibios.

– Hein ? Mais enfin qu’est-ce que j’ai dit ? Je t’ai envoyé un sms, en plus.

– C’est la façon dont tu l’as écrit : SALUT, EST CE QUE TU PEUX ALLER ME CHERCHER MES ANTIBIOS, SI ÇA NE TE DERANGE PAS. MERCI À TOUT À L’HEURE.

– Et donc ?

– Pas un cœur, pas un smiley, pas de Bisous. Rien. Juste va me chercher mes médicaments. En fait… tu m’utilises !

– Mon D. je vous jure que je ne rigole pas. Je vais vraiment finir par le passer ce permis de port d’arme !

– Si tu te mets à marmonner, Junes, cela ne fera pas évoluer le débat !

Il ira même jusqu’à se rendre au « cimetière des disputes » pour en déterrer quelques unes qui étaient mortes depuis des années ! Vous voilà à vous égosiller à répondre jusqu’à devenir une personne grossière, qui n’a rien à voir avec votre poids (même si un régime serait le bienvenu !) :

– JE SUIS MALADE ! MERDE À LA FIN ! SORS DE NOTRE CHAMBRE ET LAISSE MOI TRANQUILLE !

Les portes claqueront, et vous serez encore plus claquée.

Cependant… après un moment, vous verrez apparaitre votre homme dans l’embrasure de la porte qui portera un petit plateau, sur lequel il y aura une soupe de poulet commandée. (Faut pas pousser non plus ! Déjà que j’ai été surprise qu’il sache où étaient rangés les plateaux. Plus tard, je saurai que c’est fifille 1, cinq ans et ses deux dents manquantes, qui lui avait indiqué où ils étaient rangés). Votre con-joint déposera délicatement le plateau sur votre estomac, en vous disant des mots qui transperceront votre petit cœur fan d’Outlander :

– Junes, je m’excuse pour tout à l’heure. Je n’aurais pas dû te prendre la tête. Tu es mon roc. Tu es ce que j’ai de plus cher au monde, vu ce que tu me coutes en entretien chaque année. (Suis-je un chien ?). Dès que tu n’es pas en forme, je ne vais pas bien. Si tu t’effondres, je m’effondre avec toi.

– C’est très gentil. Vraiment, j’apprécie beaucoup ton ressenti, mais t’es au courant que nous n’avons pas été séparés à la naissance, que nous ne sommes pas siamois. L’un peut vivre sans l’autre, même quelques jours !

– Tu te trompes.

– Je t’assure, quand on s’est mis à se fréquenter, j’ai vérifié dans nos carnets de santé, je n’ai trouvé aucune trace de consanguinité, à part si on remonte à Moise, et là, il y a une chance qu’on ait appartenu à la même tribu, et encore, je ne pense pas…

– Tu comprends pas que sans toi sur pied, je pers pied. Sans ta présence constante qui envahit les pièces de l’appart, il n’y a pas de vie.

C’est là que comme par magie, les deniers mots de Davis arrivent à effacer d’un coup, les coups de poignard verbaux qu’il avait plantés dans mon cœur… s’il avait su s’arrêter juste à temps, et se taire ! Sauf que malheureusement, même si on salue les efforts de poésie, on ne peut que constater qu’il y a encore beaucoup de boulot :

– Bon alors, quand est-ce que tu te lèves ? Je t’ai « fait » une soupe, tu devrais déjà aller mieux, non ? Y a vingt minutes que t’as pris tes antibios. Ça devrait être bon, là ! Tu vas pas rester comme ça toute la soirée, y a les devoirs du petit à vérifier. J’ai besoin que tu me repasses mes chemises pour la semaine. Etc.

Je vous souhaite une excellente santé, et surtout, prenez-moi du repos quand il le faut ! Bisous.

Pour commander le nouveau livre de Déborah Malka Cohen alias Junes Davis : « N’oublie pas que tu t’appelles Ruth » c’est sur amazon.fr.

Ps : Depuis cette histoire, j’ai fait un copier-coller du mot « Bisous » que je place systématiquement à la fin de chaque message que j’envoie à Micka. Vachement pratique ! Le souci, c’est que l’autre fois par erreur, je l’ai envoyée au prof de français de mon fils. Allez ! Renvoie un message où tu écris que tu es désolée pour le Bisous qui ne lui était pas destiné. Non, enfin, ce n’est pas ce que je voulais écrire. Bien sûr que vous méritez votre Bisous comme les autres, mais comme vous êtes le prof de mon fils, je ne voudrais pas qu’il y ait un malentendu. OK ! Le mieux, c’est que je pose le téléphone, que je mette une distance de sécurité entre lui & moi (le phone, pas le prof, enfin si, le prof aussi. Minceeeeeeee !) Je vous embrasse, à très vite.

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